L’heure bleue en photo : durée calculée et réglages, édition 2026
La durée réelle de l’heure bleue pour six lieux français, la chute de 6,15 diaphragmes qui s’y produit, et les poses qu’elle impose minute par minute.
Par Lucas DominguezMis à jour le 15 min de lecture

L’essentiel
- L’heure bleue se définit par un angle, de 4 à 8 degrés sous l’horizon. En France métropolitaine elle dure de 21 à 40 minutes selon le lieu et la date, jamais une heure.
- Entre son début et sa fin, l’éclairement chute de 6,15 diaphragmes, soit un facteur 71. C’est un diaphragme toutes les quatre à six minutes : un réglage figé au début est faux six minutes plus tard.
- Elle est la plus longue au solstice de juin et la plus courte début octobre, exactement l’inverse de l’heure dorée, qui est la plus longue en décembre.
- À f/2,8 et 3200 ISO, la pose passe de 1/46 s au début à 1,6 seconde à la fin. La main levée au 35 mm lâche au bout de 1,4 à 2,4 minutes, soit moins d’un dixième de la fenêtre.
- La couleur ne vient pas de la diffusion qui fait le bleu du plein jour : elle vient de l’absorption de l’ozone dans la bande de Chappuis, dont le maximum se situe vers 600 nanomètres.
Cette page calcule deux choses que les guides décrivent sans les chiffrer : la durée réelle de la fenêtre pour six lieux français à quatre dates, et l’effondrement de la lumière qui s’y produit, en diaphragmes et en secondes de pose.
L’heure bleue est la seule fenêtre de la journée où la lumière change assez vite pour périmer un réglage pendant qu’on cadre. Ce n’est pas une impression : la chute se calcule, elle vaut 6,15 diaphragmes du début à la fin, et la fenêtre la plus courte de nos calculs dure 21 minutes.
Partage de sujet avec la page voisine. Le Soleil visible relève de notre page sur l’heure dorée, qui donne les durées, les azimuts et les réglages de balance des blancs. Celle ci commence quand le disque a disparu et s’arrête où la nuit commence, que traite notre page sur la photographie des étoiles.
Une fenêtre de quatre degrés, et ce qu’elle dure
La borne retenue ici est celle que reprend la notice encyclopédique de langue anglaise consacrée au sujet : le spectre bleu domine quand le Soleil se trouve entre 4 et 8 degrés sous l’horizon. Il faut le dire nettement, car c’est la première réserve de cette page : aucune source scientifique ni institutionnelle ne définit l’heure bleue en degrés. Le seul angle officiellement défini dans cette zone est celui du crépuscule civil, qui s’achève à 6 degrés sous l’horizon selon l’Observatoire naval des États-Unis.
La fenêtre est donc une convention, mais une convention stable, et c’est celle qu’emploie déjà notre page sur l’heure dorée, dont la fin coïncide avec le début de celle ci. Les deux se touchent sans recouvrement ni intervalle mort.
Les durées ci dessous sont calculées avec les équations de position solaire publiées par la NOAA pour son calculateur, d’après les Astronomical Algorithms de Jean Meeus, réimplémentées pour cette page. Elles reproduisent à la minute près celles que publie notre page voisine sur les quatre lieux qu’elle traite, ce qui vaut contrôle croisé.
La fenêtre du matin est le miroir exacte de celle du soir : sur tous les lieux et toutes les dates calculés, les deux durées diffèrent de moins d’un dixième de minute. Seuls les horaires changent.
Durée de l’heure bleue du soir, six lieux français, en minutes
| Lieu | Latitude | 20 mars | 21 juin | 21 septembre | 21 décembre |
|---|---|---|---|---|---|
| Bonifacio | 41,39° N | 21,4 | 27,4 | 21,4 | 23,8 |
| Nice | 43,70° N | 22,3 | 29,3 | 22,3 | 24,8 |
| Bordeaux | 44,86° N | 22,7 | 30,4 | 22,7 | 25,4 |
| Paris | 48,86° N | 24,5 | 35,6 | 24,5 | 27,9 |
| Lille | 50,64° N | 25,5 | 38,9 | 25,5 | 29,2 |
| Bray-Dunes | 51,07° N | 25,7 | 39,9 | 25,7 | 29,6 |
Elle est la plus longue en juin, quand l’heure dorée est la plus longue en décembre
Le balayage de l’année entière, jour par jour, donne les extrêmes. La fenêtre la plus courte tombe début octobre, autour du 4, et non à l’équinoxe : 21,3 minutes à Bonifacio, 25,4 à Bray-Dunes. La plus longue tombe au solstice de juin partout : 27,4 minutes à Bonifacio, 39,9 à Bray-Dunes. Le rapport entre les deux vaut 1,28 au sud et 1,57 au nord.
Cette saisonnalité est l’inverse de celle de l’heure dorée, que notre page voisine trouve la plus longue au solstice de décembre. Les deux fenêtres sont pourtant traversées par le même Soleil le même jour, et la contradiction n’est qu’apparente.
Elle se résout en mesurant la vitesse de descente du disque à chaque endroit de sa course. À 1 degré au dessus de l’horizon, au milieu de l’heure dorée, le Soleil descend le plus lentement en décembre : 0,1284 degré par minute à Paris, contre 0,1334 en juin. À 6 degrés sous l’horizon, au milieu de l’heure bleue, le classement s’est inversé : 0,1127 degré par minute en juin contre 0,1436 en décembre.
L’inversion se produit donc entre les deux fenêtres, sous l’horizon. La trajectoire d’été, très inclinée, plonge peu et met longtemps à franchir les quatre degrés du bas ; celle d’hiver, qui a mis plus de temps à franchir l’horizon, accélère dès qu’elle est passée dessous. Les deux fenêtres ne se gagnent pas à la même saison, et un photographe qui organise son année sur l’une se trompe sur l’autre.
Vitesse de descente du Soleil, en degrés par minute, au milieu de chaque fenêtre
| Lieu | À +1° (heure dorée), mars | juin | décembre | À -6° (heure bleue), mars | juin | décembre |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Bonifacio | 0,1874 | 0,1608 | 0,1571 | 0,1866 | 0,1463 | 0,1683 |
| Bordeaux | 0,1770 | 0,1487 | 0,1445 | 0,1761 | 0,1317 | 0,1573 |
| Paris | 0,1643 | 0,1334 | 0,1284 | 0,1631 | 0,1127 | 0,1436 |
| Bray-Dunes | 0,1569 | 0,1243 | 0,1187 | 0,1556 | 0,1009 | 0,1354 |
La lumière tombe de 6,15 diaphragmes, et voici la pente
C’est le chiffre que cette page existe pour publier. L’éclairement est calculé avec la formule de l’Observatoire naval des États-Unis publiée dans la circulaire n° 171 de Janiczek et DeYoung, en 1987, dont le domaine annoncé va du zénith au crépuscule nautique, à 12 degrés sous l’horizon. Elle couvre donc entièrement la fenêtre.
La formule a été réimplémentée et vérifiée contre le document lui même : elle rend 123 789 lux au zénith là où le texte annonce un maximum de 124 000, et retrouve la valeur de 0,0278 lux imprimée dans son exemple à 10 degrés sous l’horizon. Le document est fondé sur plus de douze mille mesures faites entre 1943 et 1947 par Brown pour la marine américaine, et il assortit lui même ses valeurs d’une mise en garde : elles sont à considérer avec prudence.
De 4 à 8 degrés sous l’horizon, l’éclairement par ciel clair passe de 24,44 lux à 0,3447 lux. Le rapport vaut 71, soit 6,15 diaphragmes, et la chute est presque régulière : 1,50 diaphragme pour le premier degré, 1,57 pour le dernier.
Rapportée à la durée, la pente devient exploitable. Sur une fenêtre de 24,5 minutes, la lumière perd un diaphragme toutes les 4,0 minutes ; sur les 39,9 minutes de Bray-Dunes en juin, un diaphragme toutes les 6,5 minutes. C’est l’ordre de grandeur à retenir : le temps de changer d’objectif et de recadrer, l’exposition a bougé d’un tiers de diaphragme.
Éclairement et perte cumulée, ciel clair, du coucher à la fin de la fenêtre
| Hauteur du Soleil | Éclairement | Diaphragmes sous le coucher | Repère |
|---|---|---|---|
| 0° | 984,47 lux | 0,00 | coucher du disque |
| -2° | 169,04 lux | -2,54 | heure dorée finissante |
| -4° | 24,44 lux | -5,33 | début de l’heure bleue |
| -5° | 8,65 lux | -6,83 | |
| -6° | 2,99 lux | -8,36 | fin du crépuscule civil |
| -7° | 1,02 lux | -9,91 | |
| -8° | 0,3447 lux | -11,48 | fin de l’heure bleue |
| -12° | 0,0044 lux | -17,78 | fin du crépuscule nautique |
La même chute, en vitesses d’obturation
Passer de l’éclairement aux réglages suppose trois hypothèses, que nous posons plutôt que de les taire : la scène réfléchit 18 % de la lumière reçue, elle se comporte comme une surface diffusante parfaite, et le posemètre emploie la constante d’étalonnage de 12,5 qu’utilisent les trois marques qui la publient.
La dernière hypothèse porte sa propre marge, et elle est chiffrable. La norme ISO 2720 admet une constante comprise entre 10,6 et 13,4 : deux posemètres également conformes peuvent donc différer de 0,34 diaphragme, soit exactement un cran au tiers. Les vitesses ci dessous sont justes à ce cran près, et la réflectance réelle de la scène pèse davantage encore, jusqu’à 1,2 diaphragme pour une ville de pierre sombre mouillée.
Le résultat vaut la peine du détour. À f/2,8 et 3200 ISO, la fenêtre commence au 1/46 s et se termine à 1,6 seconde. Un objectif à f/1,8 poussé à 6400 ISO ne fait que reculer l’échéance : il termine au tiers de seconde.
La conséquence pratique se calcule aussi. Au 35 mm, en appliquant la règle de l’inverse de la focale, la main levée lâche quand la pose atteint le 1/35 s, ce qui se produit à 4,26 degrés sous l’horizon. Selon le lieu et la date, cela tombe entre 1,4 et 2,4 minutes après le début de la fenêtre, soit entre 6 et 9 % de sa durée. Au 24 mm on gagne deux minutes de plus, pas davantage.
Pose nécessaire dans la fenêtre, sujet à 18 % de réflectance, ciel clair
| Hauteur du Soleil | Luminance | Indice de lumination à 100 ISO | f/2,8 et 3200 ISO | f/1,8 et 6400 ISO |
|---|---|---|---|---|
| -4°, début | 1,400 cd/m² | 3,49 | 1/46 s | 1/221 s |
| -5° | 0,496 cd/m² | 1,99 | 1/16 s | 1/78 s |
| -6° | 0,171 cd/m² | 0,46 | 1/6 s | 1/27 s |
| -7° | 0,058 cd/m² | -1,10 | 1/2 s | 1/9 s |
| -8°, fin | 0,020 cd/m² | -2,66 | 1,6 s | 1/3 s |
Où la main levée lâche, lieu par lieu
Le tableau convertit le seuil de 4,26 degrés en minutes utilisables, parce que c’est sous cette forme qu’il sert sur le terrain. La lecture est la même partout : la part de la fenêtre praticable à main levée est marginale, et tout le reste demande un appui.
Ce constat déplace la préparation. L’heure bleue n’est pas une fenêtre où l’on arrive avec un boîtier autour du cou : c’est une fenêtre de trépied dès sa troisième minute, et le matériel doit être en place avant qu’elle ne commence. Nos trépieds de voyage traitent le choix de cet appui.
Le retardateur ou une commande à distance s’imposent dans la même foulée : à partir d’une demi seconde, l’appui sur le déclencheur devient une source de flou comparable à celle qu’on vient d’éliminer.
Minutes praticables à main levée, au 35 mm à f/2,8 et 3200 ISO
| Lieu | 20 mars | 21 juin | 21 décembre |
|---|---|---|---|
| Bonifacio | 1,4 min sur 21,4 | 1,7 min sur 27,4 | 1,6 min sur 23,8 |
| Nice | 1,4 min sur 22,3 | 1,8 min sur 29,3 | 1,6 min sur 24,8 |
| Bordeaux | 1,5 min sur 22,7 | 1,9 min sur 30,4 | 1,7 min sur 25,4 |
| Paris | 1,6 min sur 24,5 | 2,2 min sur 35,6 | 1,9 min sur 27,9 |
| Lille | 1,6 min sur 25,5 | 2,4 min sur 38,9 | 1,9 min sur 29,2 |
| Bray-Dunes | 1,7 min sur 25,7 | 2,4 min sur 39,9 | 2,0 min sur 29,6 |
Le bleu ne vient pas de ce qui fait le bleu du jour
L’explication courante attribue la couleur du crépuscule à la diffusion de Rayleigh, celle qui rend le ciel bleu en plein jour. Une étude publiée en 2023 dans Atmospheric Chemistry and Physics range les proportions autrement : au ciel zénithal au coucher, la diffusion de Rayleigh compte pour un tiers du bleu, et l’absorption par l’ozone pour les deux tiers.
Le mécanisme est celui de la bande d’absorption de Chappuis, dont le maximum se situe vers 600 nanomètres, c’est à dire dans l’orangé. Au crépuscule, la lumière traverse une épaisseur d’atmosphère bien plus grande qu’au midi, la couche d’ozone en retire le jaune et le rouge, et ce qui reste est bleu. Ce n’est pas la même physique que celle du plein jour, même si la couleur se ressemble.
Cela a une conséquence de prise de vue : la dominante de l’heure bleue est une soustraction, pas une addition. Une balance des blancs automatique cherche à la neutraliser, et elle y parvient en partie, ce qui retire de l’image exactement ce qu’on est venu chercher. La méthode de réglage est celle de notre page sur l’heure dorée, qui donne les chemins de menu et les températures publiées des quatre boîtiers traités par le site.
La séance, dans l’ordre
La contrainte qui commande tout est la pente : un diaphragme toutes les quatre à six minutes. Elle interdit de régler une fois pour toutes et elle interdit d’arriver en retard.
- Relever l’heure du coucher du Soleil pour le lieu et la date, et ajouter l’écart que publie notre page sur l’heure dorée pour situer le début de la fenêtre.
- Être en place et le trépied monté avant le coucher du disque, et non au début de l’heure bleue.
- Fixer la balance des blancs plutôt que de la laisser automatique, sous peine de voir l’appareil retirer la dominante.
- Photographier en RAW : la chute de 6,15 diaphragmes garantit qu’une partie des vues sera mal calée, et c’est le format qui laisse le rattrapage.
- Revoir l’exposition toutes les deux à trois minutes, soit environ un demi diaphragme, et non à chaque changement de cadrage seulement.
- Déclencher au retardateur ou à distance dès que la pose dépasse la demi seconde.
- Rester jusqu’au bout : le dernier tiers de la fenêtre est celui où les éclairages urbains équilibrent le ciel, et il est aussi le plus sombre.
Ce que cette page ne mesure pas
Elle ne mesure aucun bruit de capteur. Les sensibilités citées sont celles qui rendent la pose calculée, pas celles qu’un boîtier donné supporte : établir ce seuil demanderait des relevés que nous n’avons pas faits.
Elle ne mesure aucun éclairement sur le terrain. Toutes les valeurs en lux sortent d’un modèle publié en 1987, dont les auteurs écrivent eux mêmes qu’il doit être considéré avec prudence, et qui décrit un ciel clair sans pollution lumineuse. Le document donne des facteurs de division pour la couverture nuageuse, de 2 pour des nuages fins à 10 pour un stratus sombre, soit de 1 à 3,3 diaphragmes de moins.
Elle ne publie aucune borne officielle de l’heure bleue, parce qu’il n’en existe pas. Les 4 et 8 degrés sont une convention répandue, cohérente avec la page voisine du site, et les durées publiées ici changeraient si on retenait d’autres angles.
Enfin elle ne couvre que la France métropolitaine. Sous les tropiques la fenêtre est nettement plus courte, et au dessus du cercle polaire elle cesse d’exister une partie de l’année. Aucun de ces deux cas n’a été calculé.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’heure bleue en photographie ?
C’est la période pendant laquelle le Soleil se trouve entre 4 et 8 degrés sous l’horizon, avant le lever et après le coucher. Aucune institution ne la définit en degrés ; ces bornes sont une convention répandue. Le seul angle officiel voisin est la fin du crépuscule civil, à 6 degrés sous l’horizon, qui tombe au milieu de la fenêtre.
Combien de temps dure l’heure bleue ?
De 21 à 40 minutes sur les six lieux français calculés ici, jamais une heure. La plus courte est celle de Bonifacio début octobre, avec 21,3 minutes ; la plus longue celle de Bray-Dunes au solstice de juin, avec 39,9 minutes. Le matin dure la même chose que le soir, à moins d’un dixième de minute près.
À quelle heure commence l’heure bleue ?
Elle commence quand le Soleil passe sous 4 degrés en dessous de l’horizon, soit à la fin exacte de l’heure dorée. À Paris le 21 décembre, la fenêtre du soir court de 17 h 19 à 17 h 47 en heure légale ; le 21 juin, de 22 h 23 à 22 h 59. Un relief ou une ligne d’immeubles ne déplace pas ces instants, puisque le Soleil est déjà couché.
Peut-on photographier l’heure bleue à main levée ?
Deux minutes environ, puis non. Au 35 mm à f/2,8 et 3200 ISO, la pose nécessaire atteint le 1/35 s à 4,26 degrés sous l’horizon, ce qui survient entre 1,4 et 2,4 minutes après le début de la fenêtre selon le lieu et la date. Le reste, soit plus de 90 % de la durée, demande un trépied.
Faut-il changer les réglages pendant l’heure bleue ?
Oui, et souvent. L’éclairement chute de 6,15 diaphragmes entre le début et la fin, ce qui fait un diaphragme toutes les quatre à six minutes selon la durée de la fenêtre. Un contrôle toutes les deux à trois minutes correspond à un demi diaphragme et suffit à ne pas décrocher.
Pourquoi le ciel est-il bleu à ce moment là ?
Pas pour la raison qui fait le bleu du plein jour. Une étude de 2023 attribue le bleu du ciel zénithal au coucher à l’absorption par l’ozone pour deux tiers, et à la diffusion de Rayleigh pour un tiers seulement. L’ozone absorbe autour de 600 nanomètres, dans l’orangé, sur le long trajet atmosphérique du crépuscule.
Dernière mise à jour : 18 septembre 2026.